Cabinet Lang, esthétique et cosmétique, rue de Grenelle, Paris
 

Lang est un génie politique, un alchimiste capable de transformer du plomb en or. D'où sa popularité : les parents l'aiment, les jeunes l'aiment, les professeurs l'aiment, les médias l'aiment, l'opinion l'aime. Aucun conflit ne lui résiste, il sait mettre tout le monde dans sa poche. Serait-il ministre des transports qu'il remettrait rapidement  les routiers au travail en inventant une fête du 38 tonnes, une sorte de truck-parade sur les Champs-Elysées, le tout sponsorisé par TotalFina.  En fait, Lang est une agence de communication à lui tout seul. Il flatte à tour de bras, il surfe sur les mots et les journalistes recueillent ses propos sans l'once d'un regard critique. Lang est tendance : il est cool, il est fun, il parle le jeune.

Nous sommes en plein dans la société du spectacle et Lang en est le prêtre. Dans cette démocratie son et lumière, le look, le discours, les effets d'annonce ont désormais plus de poids que la réalité ; le symbolique efface le réel tant il est vrai que la démagogie se nourrit du virtuel. Car enfin, il faut le répéter avec force, rien n'a changé, strictement rien. La réforme Allègre est doucement mise en ˙uvre, après un lifting rapide, épilée de ses poils trop hirsutes et habillée d'un nom plus seyant : la réforme Lang. Le cabinet Lang, c'est moins de politique et plus de cosmétique.

Résumons-nous : le lycée Lang, ce sont des heures de français en moins, des heures de maths en moins, des heures d'anglais en moins. Sans que cela suscite le moindre émoi. Le lycée Lang, c'est l'introduction des travaux personnels encadrés, qui vont former des bacheliers remarquables dans l'art du copier-coller à partir de documents récupérés sur Internet. Le lycée Lang, c'est la suppression de la démonstration en mathématiques en seconde et la marginalisation de la dissertation. Le lycée Lang, c'est la consécration de l'inégalité entre ceux qui auront accès à Internet chez eux, et les autres. Entre ceux qui ne pourront pas accéder aux Grandes Ecoles parce qu'ils n'auront pas appris au lycée à maîtriser la dissertation, et les autres. Entre ceux que leurs parents feront travailler bien plus que 35 heures par semaine (avec cours particuliers), et les autres qui se contenteront du lycée à 26 heures hebdomadaires.  Entre ceux qui obtiendront des passe-droit pour scolariser leur enfant dans le bon lycée et les autres.

il y a une époque pas si lointaine où la gauche s'identifiait au principe d'égalité. Sans toujours y parvenir, elle s'efforçait  de réduire les inégalités les plus choquantes, parmi lesquelles l'accès à l'instruction et au savoir.  Aujourd'hui, de façon à peine voilée, le gouvernement laisse tomber les pauvres, qu'il renonce à émanciper par la culture. Avec un enseignement secondaire au rabais, les fils d'ouvriers, d'employés, d'immigrés resteront les soutiers du système. Dans le lycée Lang, seuls survivront les enfants des classes moyennes. Les autres seront tout juste bons à être livreurs chez Amazon.com. Travailleurs  flexibilisés par Mesdames Aubry et Notat, ils seront condamnés à se vautrer dans la sous-culture BD-rap-techno.
 
 

                                                                                                                                    10 septembre 2000